Blood feast

Son titre ne vous dit peut-être rien, et pourtant voici un film historique au même titre que «Citizen Kane» et «Le cuirassé Potemkine». Bien avant Romero, Dario Argento ou Lucio Fulci, il s’agit du premier «gore movie» (film d’horreur sanglante) jamais montré sur un écran. Son producteur, l’étonnant Dave Friedman, en a eu l’idée, raconte-t-il, en assistant à une représentation de Grand-Guignol lors d’un voyage en Europe. Jusque là, il produisait uniquement des «nudies», ces ancêtres du film érotique qui reposaient sur l’exploitation de la nudité féminine.Blood feast De l’érotisme à l’horreur, il n’y avait qu’un pas, et un même ingrédient la chair fraîche. Ainsi, on ne sera pas surpris de trouver, en vedette féminine de «Blood feast», la blonde et opulente Connie Mason qui fut, en juin 63, la playmate de la page centrale de Playboy. Mais dans un contexte bien différent ! L’histoire-prétexte met en scène un épicier égyptien boiteux qui, pour célébrer clandestinement le culte de ses dieux antiques, doit se procurer divers organes humains, et se met en devoir de prélever une langue, un cerveau, des bras, des jambes, etc. sur des êtres vivants. Le public yankee, effaré de ce spectacle, fit un succès énorme à ce petit film tourné en douze jours. Immédiatement, Friedman et son réalisateur Lewis se lancèrent dans d’autres productions, et d’abord «2000 Maniacs !» (Voir notre critique). Bien sûr, les habitués du Rex ou d’Avoriaz, les vrais maniaques de l’horreur, les connaisseurs éclairés de «gore», habitués aux effets spéciaux horrifiques, souriront devant les truquages fauchés et bâclés de «Blood feast». Pourtant c’est un document, une curiosité, d’autant plus que, s’il fut projeté en Belgique, il a toujours été interdit en France ! La publicité affirmait alors «le film d’horreur qui met le point final à tous les films d’horreur». En guise de point final, ce ne fut qu’un début hésitant. En un mot, historique.

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