A nos amours

Plantez la caméra dans le décor d’une famille française moyenne et vous n’aurez pas « A nos amours ». Parce qu’il ne suffit pas de filmer la réalité pour faire du cinéma vérité.A nos amours « A nos amours » a déchaîné les passions. On déteste ou on aime. Parce que Maurice Pialat s’attaque à des sujets qui ne font pas rêver, des sujets du quotidien, c’est-à-dire banals et tristes. La vie quotidienne avec ce qu’il y a de plus sordide dans le genre mesquineries, sournoiseries. Dans cette atmosphère sentant la soupe à 7h30 et le cache-pot pour le philodendron, Suzanne est la bombe d’oxygène. Elle a quinze ans, une mère hystérique, un père qui prendra le large en cours de film et un frère tyran. Dans ce contexte sordide, Suzanne s’en tire en jouant les intrigantes de Prisunic. Elle multiplie les conquêtes avec les garçons tout en refusant farouchement de se donner au seul qui éprouve quelque sentiment pour elle. Suzanne se marie mal, quitte son mari peu de temps après et s’envole en Amérique avec un autre. Suzanne, c’est Sandrine Bonnaire. Elle joue vrai, elle est vrai, elle est réellement très bonne. On se demande seulement si elle est capable de sortir de ce rôle, et rien n’est moins évident. Sandrine Bonnaire est Suzanne, elle sort du même milieu, et possède le même physique d’adolescente moyenne d’une banalité totale. A la différence près que Maurice Pialat oblige le spectateur à bien la regarder, à étudier chaque geste, chaque courbe de son corps, chaque expression pour en faire l’unique, la seule, la représentation symbolique et mythique de l’adolescente. «A nos amours» se déroule dans un climat malsain. Les hurlements de la mère en folie tétanisent le spectateur, les claques retentissantes que se prend Suzanne sont trop vraies pour être simulées… Reste qu’«A nos amours» dégage, au-delà de toute cette ambiance, un soupçon d’espoir, de tendresse et d’amour sordide, mais d’amour quand même.

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