La féline

La féline En 1942, Jacques Tourneur réalisait, pour un budget modeste et pour le producteur Val Lewton, « Cat people ». Un film d’ombres et de suggestion presque gothique où une femme (interprétée par la Française Simone Simon) sentait monter en elle une ancestrale malédiction, celle du peuple des hommes-chats. Le film, malgré quelques bavardages (n’en déplaise aux inconditionnels !), possède tout un romantisme vénéneux. Et certaines scènes de zoo ou la fameuse séquence de la piscine sont encore d’une étonnante efficacité. Dans la version 1981, Paul Schrader se permet de nombreuses libertés par rapport au classique dont il fait le remake, mais il se montre d’une grande fidélité envers ces deux mêmes scènes et ces deux mêmes lieux. Comme s’il était impossible de faire mieux… Une femme reste fascinée devant une cage où est enfermée une panthère noire. Un peu plus loin dans le film, une autre femme est terrifiée au milieu de la piscine où elle nage. Autour d’elle, la lumière s’est éteinte et, dans la pénombre, des cris de fauves retentissent, menaçants… Version 1942 ou version 1981, «La féline » reste un film d’atmosphère. Mais Schrader aime trop les évidences. En adaptant un scénario que, chose exceptionnelle, il n’a pas écrit (signé Alan Ormsby d’après un sujet de Dewitt Bodeen), il explique tout, sans laisser place à la moindre ambiguïté le pays des hommes-fauves, les métamorphoses d’humains en panthères, l’appel du sang, etc. Il souligne, et c’est un peu dommage, même si ses effets spéciaux sont tout à fait étonnants. Le vertige est beaucoup plus grand quand la descente aux enfers ne devient pas une visite guidée.

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