Le masque de Fu Manchu

Le masque de Fu ManchuFu Manchu, le méchant criminel chinois veut toujours détruire le monde. Il continue à emprisonner des savants géniaux et leur virginale fille dans ses sous-sols pour mieux leur arracher le formidable secret qui fera de lui le maître du monde… ou le principal instigateur de l’Apocalypse ! Cette fois-ci, Fu Manchu est en couleur. Et, comme Dracula et Frankenstein, il le doit à la fameuse firme anglaise Hammer. Dans une suite d’aventures rocambolesques sans grande originalité. Fu Manchu et sa meute de fanatiques asiates, prêts à tout pour lui, passent à l’attaque. Bien sûr, le détective Nayland Smith est sur ses traces, prêt à le renvoyer au néant à la première occasion. Ces nouvelles aventures, aux allures de bande dessinée, ne décolle jamais vraiment. Christopher Lee fait un joli numéro avec un maquillage très au point. Mais tout reste au niveau de la sympathique banalité. On se met à penser au «Masque d’or» réalisé par Charles Brabin en 1933 avec Boris Karloff en Fu Manchu. Il y avait beaucoup plus de sulfureuses cruautés dans cette précédente tentative… La série Hammer connaîtra deux autres suites : «Les 13 fiancées de Fu Manchu» (l’une d’elles était la speakerine Evelyne Dhelia) et «La vengeance de Fu Manchu» (qui n’est jamais arrivé jusqu’aux écrans français).

TentaculesTentacules

Après les «mâchoires» («Jaws») du grand requin de Spielberg, les tentacules d’une pieuvre géante sèment la terreur sur l’inévitable «petite-plage-si-tranquille-de-Californie»… Un bébé disparaît, englouti par le monstre. Le lendemain, c’est un marin imprudent, et puis deux plongeurs sous-marins qui travaillent à la construction d’un tunnel. Le journaliste Ned Turner se branche sur l’affaire, qui le change agréablement de l’éternel monstre du Loch Ness. En même temps, un océanologue distingué, dont la femme et la belle-sœur ont également disparu, prend le mystère à bras le corps : le premier, il comprend que les travaux pour le tunnel ont bouleversé l’équilibre naturel et libéré un gigantesque poulpe. Son hypothèse ne tarde pas à se voir confirmée : attaquant un groupe d’enfants en pleine régate, le monstre se montre en plein jour. Dès lors, la chasse est ouverte ! Le suspense monte lentement mais sûrement. Et l’épouvantable pieuvre va rejoindre King Kong et le requin des «Dents de la mer» dans la galerie de famille des «célèbres monstres du pays du cinéma». Amateurs de frissons aquatiques, vous serez comblés.

Blood feast

Son titre ne vous dit peut-être rien, et pourtant voici un film historique au même titre que «Citizen Kane» et «Le cuirassé Potemkine». Bien avant Romero, Dario Argento ou Lucio Fulci, il s’agit du premier «gore movie» (film d’horreur sanglante) jamais montré sur un écran. Son producteur, l’étonnant Dave Friedman, en a eu l’idée, raconte-t-il, en assistant à une représentation de Grand-Guignol lors d’un voyage en Europe. Jusque là, il produisait uniquement des «nudies», ces ancêtres du film érotique qui reposaient sur l’exploitation de la nudité féminine.Blood feast De l’érotisme à l’horreur, il n’y avait qu’un pas, et un même ingrédient la chair fraîche. Ainsi, on ne sera pas surpris de trouver, en vedette féminine de «Blood feast», la blonde et opulente Connie Mason qui fut, en juin 63, la playmate de la page centrale de Playboy. Mais dans un contexte bien différent ! L’histoire-prétexte met en scène un épicier égyptien boiteux qui, pour célébrer clandestinement le culte de ses dieux antiques, doit se procurer divers organes humains, et se met en devoir de prélever une langue, un cerveau, des bras, des jambes, etc. sur des êtres vivants. Le public yankee, effaré de ce spectacle, fit un succès énorme à ce petit film tourné en douze jours. Immédiatement, Friedman et son réalisateur Lewis se lancèrent dans d’autres productions, et d’abord «2000 Maniacs !» (Voir notre critique). Bien sûr, les habitués du Rex ou d’Avoriaz, les vrais maniaques de l’horreur, les connaisseurs éclairés de «gore», habitués aux effets spéciaux horrifiques, souriront devant les truquages fauchés et bâclés de «Blood feast». Pourtant c’est un document, une curiosité, d’autant plus que, s’il fut projeté en Belgique, il a toujours été interdit en France ! La publicité affirmait alors «le film d’horreur qui met le point final à tous les films d’horreur». En guise de point final, ce ne fut qu’un début hésitant. En un mot, historique.

Le tueur du vendredi

Le tueur du vendrediLes adolescents américains, qui forment les gros bataillons des spectateurs de cinéma, sont particulièrement friands de films d’horreur, et il arrive de temps en temps qu’une petite production de rien du tout devienne un «chart buster» un champion du box office. Ce fut le cas en 1980 avec «Vendredi 13». Sans doute les kids s’étaient-ils identifiés à ce groupe de teenagers en vacances dans un camp de montagne et décimés par un tueur maniaque. La suite était inévitable, la voici ! Cinq ans après l’horrible massacre, le camp de vacances est rouvert et une nouvelle fournée de sympathiques jeunes gens vient s’y faire joyeusement trucider par le monstrueux Jason, qui n’a qu’une idée en tête : venger sa mère, dont il garde précieusement le crâne. Il va donc exterminer les campeurs et surtout les campeuses en utilisant le poinçon, la pioche, le fil de fer barbelé, le poignard et la machette… Le sang va gicler. Il ne manque plus que le relief, mais rassurez-vous c’est prévu pour le troisième épisode. Dommage que cette «deuxième partie» ne soit qu’un démarquage peu inspiré de la première.

L'ange de la vengeanceL’ange de la vengeance

New York au cœur de la nuit. Thana, une jeune muette sans défense, rentre chez elle. Brusquement, un rôdeur surgit, l’entraîne dans une ruelle déserte et la viole sauvagement. Traumatisée, Thana rentre chez elle où elle surprend un cambrioleur. Celui-ci se jette sur elle et tente de lui faire subir le même sort ! Une fois ça va, deux fois… Avec l’énergie du désespoir, la jeune fille se débat, assomme son agresseur d’un coup de fer à repasser qui le laisse sur le carreau. Le lendemain, elle découpe le corps en morceaux, qu’elle enveloppe dans des paquets et qu’elle éparpille à travers la ville. Tandis qu’elle est occupée à cette tâche, un inconnu la poursuit. Elle tire sur lui. Désormais, elle décide de se venger systématiquement des hommes. De la «légitime» défense à l’engrenage sanglant, la victime se mue en tueuse implacable, qui ne fait pas de détail ni de quartier. Cet étonnant scénario fonctionne sur le croisement des fantasmes stylisés par le style du film d’épouvante celui de la revanche millénaire des femmes «libérées» contre le mâle honni, celui de l’homme masochiste soudain confronté à une justicière inattendue. C’est légèrement malsain sur les bords mais il fallait oser le taire… Surtout c’est les scènes de suspense et de violence sont terriblement, efficaces.

2000 maniacs !

2000 maniacs !En 1865, pendant la guerre civile, un groupe de soldats nordistes a massacré six des habitants d’une petite ville du sud des États-Unis, PleasantValley. La ville a attendu un siècle pour se venger six Américains du Nord, jeunes gens et jeunes filles en route pour de paisibles vacances en Floride, seront capturés par les habitants qui leur feront subir un sort horrible… Ces «2000 Maniacs !» est un véritable invisible, un film mythique dont la revue précurseur du cinéma fantastique, Midi Minuit, nous parlait régulière ment. Aujourd’hui, enfin, on peut voir l’objet du délit ! Et il faut en remercier Jean-Claude Romer qui, plusieurs fois déjà, a tenté de le montrer à un public français qu’on ne jugeait pas encore assez adulte pour voir ce film gore. «2000 Maniacs !» aurait du nous être montré du temps où le Studio de l’Etoile nous apportait enfin les adaptations de Poe par Corman. Mais Dame Anastasie, alias la censure, frappa fort : interdiction totale. Aujourd’hui, enfin, le film sort en vidéo. Nous le découvrirons en «Bloodcolor» ! Dans «2000 Maniacs !», les fantômes découpent les vivants à la hache et la caméra du Maître Herschell Gordon Lewis s’en donne à cœur joie. Il y a du sang et des tripes partout. Mais, loin d’être écœurant, le spectacle est d’une drôlerie quasi-surréaliste. Depuis, on a vu pire dans «Alien», «Massacre à la tronçonneuse» ou «Zombie». Mais «2000 Maniacs !», est une date dans l’histoire du cinéma fantastique, un obligatoire retour aux sources.

Les ailes de la colombe

Les ailes de la colombeAprès «L’assassin musicien» et «Les enfants du placard», Benoît Jacquot a franchi un degré vers la production plus commerciale avec cette adaptation d’un récit de l’écrivain Henry James (à qui nous devons «La redevance du fantôme» et l’extraordinaire «Tour d’écrou»). Le cadre de l’action étant Venise, c’est déjà un élément attractif. Il ne reste plus qu’à y placer les personnages du (mélo) drame, et à observer le jeu des passions et des sentiments exacerbés. A ma gauche, la souffreteuse Marie, riche héritière (Isabelle Huppert). A ma droite, la cynique Catherine, bel animal, call-girl de haut vol (Dominique Sanda). Si la première a toujours vécu dans le luxe, la seconde en fait chaque jour la conquête en vendant ses charmes à de riches amants. Elles se rencontrent, et très vite Catherine échafaude un plan machiavélique : amener Sandro (Michèle Placido), un jeune Vénitien qu’elle a séduit, à épouser l’incurable Marie, pour hériter ensuite de sa fortune. Le projet réussit au-delà de toute espérance : Marie tombe amoureuse de l’Italien. Comme toujours, c’est un ton froid et désincarné que Jacquot a adopté : l’œuvre est élégante, et les émotions y sont distillées à doses infinitésimales.

Superman III

Superman IIIVoici le troisième volet des aventures de Superman produites par la famille Salkind. Ce sera, sans doute, le dernier puisqu’on est passé depuis à «Supergirl». Malgré un générique «panique dans la rue» très réussi et tout à fait dans le style burlesque ravageur de Richard Lester, ce «Superman III» ne renouvelle pas le mythe… malgré tous ses efforts et ses trouvailles. Superman s’est trouvé une autre fiancée (Margot Kidder ayant été trop gourmande, bye bye Lois Lane !). Il s’est fait de nouveaux ennemis, notamment l’aspect «méchant» de son moi (il faut voir le combat épique entre le «bon» Superman et son double «mauvais»). On lui a même imaginé un intéressant personnage de Noir chômeur surdoué dans le maniement des ordinateurs et que le méchant de service utilise contre son gré. Superman doit aussi affronter un péril très spectaculaire en la personne d’un superordinateur… Dans ce «Superman III» il y a donc beaucoup de choses pour satisfaire un passionné de BD ou un amateur de fantastique. Mais la volonté de mettre de l’humour à tout prix de Richard Lester gêne un peu. Elle tue la naïveté elle romanesque pour ne laisser apparaître qu’une série de situations assez conventionnelles parce que reposant, comme toujours, sur l’opposition du Bien et du Mal. Ceci précisé, «Superman Ill» reste un grand spectacle divertissant.

Le prisonnier

Le prisonnierJacobo Timerman (Roy Scheider) est à la tête d’un des plus importants quotidiens d’Argentine, La Opinion. En cette année 1977, les militaires au pouvoir ont décidé d’amplifier leur campagne de terreur et d’emprisonner, torturer et tuer tous les opposants au régime. Ce que ne supporte plus Timerman qui décide de se servir de son journal pour résister. Son courage va lui coûter le kidnapping d’un des membres de sa famille et son propre emprisonnement. Où va le mener son entêtement ? Comment sa femme ‘ (émouvante Liv Ullmann) va-t-elle parvenir à faire libérer son mari ? Telles sont les clefs de ce film qui tente de dénoncer, comme d’autres avant lui, la politique de terreur pratiquée dans certains pays d’Amérique du Sud. Si le scénario manque parfois de force, Liv Ullmann et surtout Roy Scheider font de ce «Prisonnier» un film qui ne laisse pas indifférent.

Alice's restaurantAlice’s restaurant

Fils du légendaire chanteur folk des années 30 Woodie Guthrie, le jeune Arlo Guthrie s’est rendu célèbre dans les années 60 grâce à sa chanson «Alice’s restaurant massacre». Le succès de ce tube fut si phénoménal qu’on décida d’en tirer un film. Le film est censé raconter quelques épisodes de la vie d’Arlo Guthrie à Stockbridge, bourgade du Massachusetts : comment il abandonne le lycée pour aller vivre avec un couple d’amis, Ray et Alice, qui tiennent un restaurant et habitent dans une église désaffectée avec leurs amis hippies. Tous les thèmes de l’époque liberté, rejet d’une société sclérosée, mystique de la musique, tentation de la drogue, expériences communautaires, sont ici abordés sous l’angle de la fantaisie. Sur le moment, on a mal saisi l’ironie et la distance d’Arthur Penn, dont le désenchantement s’accordait mal à l’euphorie «hippie». De ce léger malentendu est né un succès commercial qui fit d’«Alice’s restaurant» un film à la mode, et du disque de sa musique un tube dans le monde entier. Aujourd’hui; il est devenu un document de première importance sur cette révolution des mœurs qui a bouleversé le monde occidental à la charnière des années 60170. A voir en conciliant nostalgie et lucidité.

Les chemins de Katmandou

Adolescent œdipien et rebelle, Olivier (Renaud Verley) est un déçu du printemps de Mai 1968. Il prend la route des Indes afin de retrouver un père mythique chasseur de tigres soi-disant milliardaire et de lui soutirer un arriéré de pension alimentaire s’élevant à plusieurs millions. En chemin il rencontre, larirette, une petite baba-cool qui s’ignore, Jane alias Jane Birkin dans un de ses premiers rôles, un peu rondelette et craquante. Jane, c’est la diva des routards, la gourou du «peace and love» et du «flower power» très imprégnée de petite fumée…Les chemins de Katmandou Car « Les chemins de Katmandou » est un film avertissement sur les méfaits de la drogue. Après avoir trempé dans des affaires louches et nauséabondes de statuettes volées et avoir découvert que son père était un raté sans le sou, Olivier, tombé éperdument amoureux de la petite Jane, tentera de la sauver de ses infernaux paradis artificiels. Car, du haschich sans danger, elle est tombée dans la consommation de cocaïne douteuse et s’est vite retrouvée accro à l’héroïne. Bref, Jane succombe à une surdose mortelle et effrayante distillée par le diable en la personne de Ted (Serge Gainsbourg) un trafiquant immonde et cynique. Pour conclure, Olivier décide d’entrer dans une organisation humanitaire et d’assister le tiers-monde en danger. En son temps, «Les chemins de Katmandou» a du provoquer un petit scandale. La drogue était, il n’y a pas si longtemps, un sujet tabou. Aujourd’hui, tout cela semble bien désuet comme le chemin du haschich à la mort paraît un peu douteux. André Cayatte est le monsieur la morale du cinématographe. Il tient à mettre les points sur les i de chaque plan, ce qui n’est – a posteriori – pas vraiment utile. Cela dit, «Les chemins de Katmandou» ne sont plus ce qu’ils étaient, la route des Indes est depuis longtemps coupée par les tanks et ce film garde le charme d’une époque et d’espoirs à jamais révolus…tion.

A nos amours

Plantez la caméra dans le décor d’une famille française moyenne et vous n’aurez pas « A nos amours ». Parce qu’il ne suffit pas de filmer la réalité pour faire du cinéma vérité.A nos amours « A nos amours » a déchaîné les passions. On déteste ou on aime. Parce que Maurice Pialat s’attaque à des sujets qui ne font pas rêver, des sujets du quotidien, c’est-à-dire banals et tristes. La vie quotidienne avec ce qu’il y a de plus sordide dans le genre mesquineries, sournoiseries. Dans cette atmosphère sentant la soupe à 7h30 et le cache-pot pour le philodendron, Suzanne est la bombe d’oxygène. Elle a quinze ans, une mère hystérique, un père qui prendra le large en cours de film et un frère tyran. Dans ce contexte sordide, Suzanne s’en tire en jouant les intrigantes de Prisunic. Elle multiplie les conquêtes avec les garçons tout en refusant farouchement de se donner au seul qui éprouve quelque sentiment pour elle. Suzanne se marie mal, quitte son mari peu de temps après et s’envole en Amérique avec un autre. Suzanne, c’est Sandrine Bonnaire. Elle joue vrai, elle est vrai, elle est réellement très bonne. On se demande seulement si elle est capable de sortir de ce rôle, et rien n’est moins évident. Sandrine Bonnaire est Suzanne, elle sort du même milieu, et possède le même physique d’adolescente moyenne d’une banalité totale. A la différence près que Maurice Pialat oblige le spectateur à bien la regarder, à étudier chaque geste, chaque courbe de son corps, chaque expression pour en faire l’unique, la seule, la représentation symbolique et mythique de l’adolescente. «A nos amours» se déroule dans un climat malsain. Les hurlements de la mère en folie tétanisent le spectateur, les claques retentissantes que se prend Suzanne sont trop vraies pour être simulées… Reste qu’«A nos amours» dégage, au-delà de toute cette ambiance, un soupçon d’espoir, de tendresse et d’amour sordide, mais d’amour quand même.

Un fils pour l’été

Scottie, un imprésario new-yorkais est très populaire parmi ses clients parce qu’il leur donne beaucoup et qu’il les met de bonne humeur. Sa recette : une sorte de générosité naturelle et une volonté permanente de faire le pitre. On connait le vieil adage : mieux vaut en rire avant que d’avoir à en pleurer. Scottie, que joue «à fond la caisse» Jack Lemmon, est en perpétuelle représentation. Rien ne lui fait peur pour emporter le morceau… pas même baisser son pantalon ! Pourquoi toutes ces pitreries qui agissent comme une médecine bénéfique sur ceux qui l’entourent ? La réponse tombe comme un couperet lorsque Scottie découvre qu’il a une tumeur au cerveau et lorsque son fils arrive… pour l’été. Un fils plus sérieux que nature, du genre complètement coincé lorsqu’il s’agit d’exprimer ses émotions, agressif et maladroit quand il s’agit de comprendre son père, mais, au fond, débordant d’amour. Entre ces deux hommes qui ne se rencontrent que quelques mois par an (parce que Scottie est divorcé), il y a un bien ordinaire problème l’incommunicabilité. Le père fait le clown pour ne pas avoir à avouer le ratage de sa vie (dont il est parfaitement conscient au fond de lui-même). Et le fils fait le sérieux pour ne pas avouer qu’il en veut à son père de l’avoir abandonné. «Un fils pour l’été» est adapté d’une pièce à succès du dramaturge anglais Bernard Slade. Ce qui explique que beaucoup de scènes se passent dans l’appartement de Scottie ou dans des lieux publics où l’on s’assoit (restaurant, théâtre, bureaux, etc.) Mais, pour dramatique et bourré de moments de conflits verbaux que soit le film, le texte dégage une certaine force. Et il permet à Jack Lemmon de montrer l’étendue de son talent de comédien et au jeune Robby Besson (qui est une vraie star outre-Atlantique) de révéler une sensibilité assez extraordinaire.

Yentl

YentlTiré d’une nouvelle d’Isaac Bashevis Singer, «Yentl, the yeshiva boy», «Yentl» nous entraîne en Pologne au début du siècle dans une communauté juive. Yentl, une jeune fille, vient de perdre son père qu’elle adorait. Révoltée par sa condition de femme au sein de la communauté, elle se fait passer pour un jeune garçon, Anshel, afin d’accéder au savoir, à la connaissance, à l’étude du Talmud : une activité traditionnellement réservée aux garçons… La situation devient rapidement délicate surtout lorsqu’une fille tombe amoureuse d’Anshel, alors que son côté Yentl la fait fortement pencher vers un jeune homme… Barbra Streisand a produit, réalisé, interprété «Yentl». C’est dire si ce film lui tenait à cœur. Si l’ambiance y est très bien reconstituée, il reste que le côté «film musical» peut paraître agaçant. Certains dialogues gagnent à être parlés plutôt que chantés sur des mélodies plus ou moins niaises signées Michel Legrand. Mais cette évocation d’un monde disparu à tout jamais, la communauté juive polonaise entièrement décimée par la guerre, est non seulement intéressante mais troublante. Sans compter l’immense talent de Barbra Streisand.

BrubakerBrubaker

Nommé directeur de prison, Henry Brubaker (alias Robert Redford) imagine une façon peu banale d’entrer dans l’établissement : il se fait passer pour un détenu. Traité comme tel par les gardiens et par les autres prisonniers, il découvre d’emblée la sordide réalité du pénitencier qu’il est chargé d’assainir. Non seulement les brimades, les vols, les sévices et les exactions des gardiens corrompus sont monnaie courante à l’abri de ces murs, mais Brubaker découvre bientôt, grâce aux révélations d’un vieux Noir, qu’il existe un véritable charnier à l’intérieur de la prison. Deux cents hommes ont été assassinés et enterrés là… Naturellement, le beau et courageux Brubaker va mettre bon ordre à ce scandale. Ce ne sera pas sans mal, car tout le monde a intérêt à ne pas faire de vagues, surtout les politiciens de Washington. Voici un genre de films typiquement américain : un héros idéaliste lutte contre tous, et réussit à changer l’ordre des choses. Quand on sait que l’histoire d’Henry Brubaker est entièrement véridique, le film de Stuart Rosenberg n’en prend que plus de force. Il se regarde, c’est le cas de le dire, comme un vrai policier.